l'odeur de mon meilleur ennemi
De notre rencontre qui me semble si lointaine, de nos longues discussions, du mal que l'on s'est fait. Toujours nous revenons l'un vers l'autre. Je me souviens de ce premier baiser, pas le tout premier, mais le premier que toi tu m'as donné. Tes mains qui ont pris mon visage, caressé mes cheveux, et la douceur de tes lèvres, ennivrantes et envoutantes. Je me rappelle chacune des émotions et sensations qui ont suivi. Le temps a passé, tant de choses sont arrivées. Je vis avec cette pensée que tu es incapable d'aimer, la certitude que rien n'existera jamais. Et dans une relation assez étrange que je pense personne ne pourrait comprendre, on est encore là tous les deux, ni amoureux, ni amants, ni amis, juste toi, et moi, une alchimie improbable dans l'ironie de nos vies turbulentes.
Et parfois, quand mes mains ont l'occasion de se promener sur ton corps, te faire sursauter par leur fraicheur, frémir par leur douceur, tout ton corps semble offert, mais tu tiens à garder le contrôle. Tandis que moi, je ne tiens qu'à le perdre. Lorsque je repars, fébrile, après une petite frayeur digne de deux ados qui auraient bien faillit se faire surprendre, mes jambes sont en coton, mon corps est frustré. C'est notre petit secret, et pourtant il y a bien longtemps qu'il ne s'est plus rien passé. Mais si le hasard manque de nous faire découvrir ensemble , moi si proche de toi, toi si accessible à moi, on sait bien tous les deux que ce n'est pas très logique et qu'on aurait bien du mal à se justifier. Alors on se tait. Et pourtant, si loin je suis aujourd'hui de toi, dans ses instants où le temps se suspend, ta peau est comme un aimant qui m'attire. De mes mains qui te délassent, j'aimerais que ma peau l'accompagne, mes lêvres. Juste comme ça, juste parce que cette attirance est plus forte que tout le reste. Je voudrais laisser à nos corps la permission de ne plus résister à l'attraction de l'étreinte, autant fougeuse qu'empreinte de tendresse, et d'un respect nouveau. Parce que ni toi ni moi ne voulons aimer à nouveau, qui que ce soit, parce que ce plaisir là manque parfois, nous brûlant de l'intérieur, que la solitude si tranquille est aussi source de manque d'attention et de tendresse, parce que toi et moi savons bien combien nous sommes les seuls à pouvoir nous comprendre l'un l'autre aussi bien. M'abandonner à ton corps, oser réaliser le fantasme qui m'anime lorsque mes mains te découvrent encore une fois. Mais de ta fierté et de ma peur, nous avons du mal à nous débarrasser. Un jour qui sait.
Tout ce que je peux affirmer, c'est que ces moments là me révèlent une partie de moi qui me dépasse, et que lorsque je passe la porte, des heures durant, ton odeur reste sur moi, envelloppe apaisante qui ennivre tout mon corps de désir pour le tien.
On ne s'aime pas, et d'une certaine manière, je t'appartiens, toi mon meilleur ennemi