Internet lieu de rencontre?

Publié le par Célib'

Peut-on véritablement créer des liens (durables) sur Internet ?

A l’heure où fleurissent partout sur la toile des sites de chat, de rencontres, peut-on réellement créer des affinités durables par le biais d’Internet ? Et aussi, ces affinités peuvent-elles subsister en restant virtuelles ?
Que l’on choisisse délibérément de s’inscrire sur un site de rencontres ou que l’on rencontre accidentellement quelqu’un, en racontant sa vie sur un blog (lol), en intervenant sur un forum ou en répondant à une annonce; le choix d’internet n’est-il pas finalement un moyen de se cacher ? Derrière notre petit écran, nous pouvons tous êtres des hommes fabuleux et des femmes formidables, arranger notre vie pour la faire paraître plus lisse, nous montrer sous nos meilleurs jours et dissimuler aisément nos petites manies, nos petits défauts, et la part la plus sombre de nous même.
A contrario, la barrière qui nous sépare en cet endroit les uns des autres peut aussi être source de plus de transparence. Il peut arriver en effet que le fait de ne pas être en face à face avec l’autre nous permette d’oser. Oser tout dire, tout raconter, oser être pleinement ce que nous sommes en nous ouvrant comme il est impossible de s’ouvrir même avec nos plus proches amis ou parents, du fait même que se montrer tel que l’on est dans la vraie vie influe directement sur la manière dont nos proches nous perçoivent, quand le regard de l’autre si lointain et si immatériel n’a aucune conséquence.

Lorsque j’ai préparé mon Master1, j’ai réalisé mon Travail d’Etudes et de Recherches Empirique sur le thème de la place des liens affectifs en e-Learning. Bien sûr ce travail n’était qu’une modeste ébauche de ce qu’il aurait pu être dans un contexte plus approfondi (en thèse par exemple) et les conditions d’analyse étaient différentes puisqu’il s’agissait d’un usage formatif du Net, non d’un usage ludique, et que l’enseignement crée à lui seul des particularités dans les relations qu’il implique… Mais je retiens quelque chose de marquant de ce travail : l’interface numérique qui sépare les êtres que nous sommes semble agir comme un catalyseur des émotions qui s’y expriment, de manière parfois exacerbée. On exprime l’amour, l’adoration, le dégoût, la colère, et ses sentiments semblent décuplés, comme si il était plus simple de s’exprimer ensemble sans se voir.

Si  nos échanges en ligne peuvent être empreints d’une plus grande clarté et de plus de spontanéité autant que source de mystère, moyen de protection, ou occasion parfaite de mensonge ; qu’en est-il de l’avenir de ses liens d’un nouveau genre ?

Certes, les relations en réseau semblent avoir des particularités. Pour autant Internet reproduit dans les grandes lignes les traits si caractéristiques de notre société : communauté, groupes et sous groupes, discriminations (positives ou négatives). Même sur les sites de rencontre, les fiches demandent des détails aussi précis que les films que vous aimez voir, les sports que vous pratiquez, votre taille ou votre poids, et vous propose même de sélectionner dans les mêmes thèmes les critères que vous recherchez chez l’autre ; on donne dans le sur-mesure. Et je ne me risque pas beaucoup en affirmant que c’est une utopie irréalisable.  Pour le reste, il existe des sites pour les mamans qui allaitent, des forums de discussion selon votre parti politique, votre profession, différentes séries tv… Au fond, ce que montre Internet, ne serait-ce pas un souhait d’aller à la rencontre de celui qui nous ressemble, partage nos opinions, notre mode de vie ? Susciter en soi un sentiment d’appartenance, propre à l’humain qui a ce besoin naturel et permanent de s’identifier pour se sentir exister.

 

Alors si le sentiment d’appartenance se trouve satisfait dans une relation nouée sur la toile, peut-il pour autant perdurer ? Et pour perdurer, le lien affectif créé doit-il rester « virtuel » ou devenir réel, se concrétiser par une rencontre ? On dit que tous les fantasmes ne doivent pas être réalisés, et doivent rester des fantasmes, le fantasme d’une relation accomplie doit-il rester une chimère ou faut-il au contraire forcer la main du destin et se voir en vrai ?

Car dépasser la virtualité d’une rencontre, c’est aussi accepter de baisser sa garde, de se montrer tel que l’on est, de voir l’autre aussi tel qu’il est. C’est accepter qu’aucune relation n’est parfaite et la confronter à la réalité du temps et de l’espace, et des évènements. Enfin, hésiter à sortir de ses  4 murs en osant éteindre la machine pour voir comment c’est, la vie en vrai, c’est peut-être aussi une façon de se protéger, d’éviter de s’engager, de ne pas prendre de risques. Si les déviances du Net peuvent nous mettre en danger, son utilisation avertie n’est-elle pas la plus protectrice des carapaces ?

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