Quand la neige fond
Cette nuit, encore une insomnie. Et comme chaque nuit, des réflexions, des interrogations, des doutes, qui à chaque fois font naître l'inspiration... inspiration pour écrire, une chanson, un poème, un article. Inspiration pour grandir.
Cette nuit je pensais donc. Je pense trop, sans doute... Mais l'essentiel de mon charme n'est-il pas là?
Et cette nuit, je pensais à la passion. Il m'a toujours semblé que la passion n'était pas de l'amour. Que la passion était toujours destructrice. Qu'elle était éphémère, qu'elle ne débouchait sur rien. Et cette nuit, c'est encore ce à quoi je pensais. Qu'il n'était jamais bon de se laisser guider par la passion. Que pour aimer, il fallait savoir un peu raisonner. Quand la passion se dissout, il ne peut rester que "rien"
Ce matin, j'avais décidé de passer déposer mon CV dans une boîte qui recrute, espérant montrer que je correspondais vraiment au profil :" présente bien, a le sourire, bon contact relationnel"
.
Après avoir conduit Lise à l'école, je m'attèle donc à me faire toute belle. Collants, petit pull bordeau sobre et veste, jupe tailleur, et petits escarpins à talons...Me voilà dehors, prête à prendre mon auto pour me rendre sur Lille. Seulement voilà, la rue est couverte de neige. Très vite en déblayant ma petite voiture de dessous une épaisse couche blanche, je me sens devenir moi-même un bonhomme de neige, ou plutôt, une bonhommette. Mes pieds sont déjà trempés, et mes petits orteils tous gelés.
Arf! quelle idée d'aller postuler pour un travail quand il neige!!![]()
Je démarre, roule quelques mètres et ma titine cale. Zut!!!! C'est pas le moment que ma voiture me lâche tiens! Avec peine et patience je parviens à redémarrer, en me disant que ma vieille poubelle à roulettes ne supporte pas bien le froid, et n'est plus très fiable par ce temps (déjà d'habitude...). Et puis très vite je constate que la route s'est transformée en patinoire. J'ai intérêt à faire gaffe!![]()
Et puis c'est arrivé. Je dirais que d'une manière générale c'est assez pénible cette facheuse tendance que j'ai en ce moment de "perdre le contrôle" des évènements. Mais là, c'est de ma voiture que j'ai perdu le contrôle
. Je roulais pourtant tout doucement, et en ligne droite en plus! Mais d'un coup j'ai senti que mon véhicule ne me répondait plus, que je commençais à déraper. J'ai déjà eu un accident une fois. Ca fait très peur, et on en ressort tout tremblant. Mais ce jour là je ne l'avais pas vu venir, j'avais percuté une voiture par inattention (dans la lune célibattante???
). Je me souviens que j'avais été sonnée, que tout était arrivée très vite, et qu'au moment de l'impact je m'étais dit "c'est pas possible, c'est pas réel, je fais un cauchemard, mon dieu si Lise avait été à l'arrière!"-temps de cette pensée, 5 seconde au gros maximum-
Mais là, je ne sais pas pourquoi, je l'ai senti, j'ai senti que c'était entrain d'arriver, et j'ai senti la peur monter crescendo. Pendant ce laps de temps où ma voiture a dérapé, fait un tête à queue avant d'être interrompue par un poteau, j'ai vu passer ma vie devant mes yeux, et j'ai eu le sentiment d'être au ralenti. Et pendant une fraction de seconde, il m'a semblé que tout était clair.
J'ai garé mon AX, et je suis sortie tenant à peine sur mes gibolles. Heureusement, la rue était déserte, et je roulais lentement. Du coup, malgré le bruit de taule au moment du choc, ma voiture n'avait rien qu'un petit coup dans l'aile avant gauche (enfin à vérifier quand il ne neigera plus...). Et moi, j'en suis quitte pour une grosse bosse à la tête, qui a heurté la vitre au moment où ma voiture est allée faire connaissance avec un poteau.
Quand je suis repartie chercher Lisa à l'école, autant vous dire que j'en menais par large dans ma vieille voiture plus du tout fiable... Et puis sur le retour, Lisa m'a expliqué que sa maîtresse avait ramassé de la neige dans la cour, et l'avait mis dans un verre, dans la classe; et que quand la neige serait fondue, ça ferait "quelque chose". Manifestemment, elle ne savait pas quoi. Et j'ai décidé de ne pas lui dire. On apprend toujours mieux par l'expérience. Je lui ai donc demandé de me ramener de la neige. Et j'en ai mis dans deux verres. Vous allez comprendre... J'ai posé le premier sur la table, et le second sur le radiateur. Et très vite, de l'eau est apparue dans le premier, et "rien" dans le second. La chaleur du radiateur a dissous la neige à tel point qu'elle s'est évaporée. Elle est devenu de l'air.
Alors là j'ai comprit
, ce sentiment qui m'avait envahit au moment de ma petite frayeur du matin.
Finalement, la passion n'est pas forcément destructrice. Mais elle finit toujours par se dissoudre, c'est indéniable. Et lorsque cela se produit, il se peut que les circonstances ne soient pas bien réunies (trop prêt du radiateur par exemple
), et alors elle se contente de disparaître, laissant derrière elle un "rien", un vide, du vent! Mais parfois, les circonstances sont là, indépendantes de nous, et quand la passion se dissout, il reste quelque chose, quelque chose qui semble prendre moins de place, être plus léger, mais aussi qui peut apporter bien plus (comme l'eau!). Ce quelque chose, je crois que c'est l'amour.
Alors j'ai envie de vous dire à tous qui me lisez: on a tous en nous des secrets, des blessures, des cicatrices. On a tous un passé qui parfois nous fait douter. On a tous en nous une cassure, quelque part... Et puis au fond, elle est de ces choses qui nous définit, qui peut nous orienter, mais ne devrait jamais nous gouverner.
De la passion bordel!!! A-t-on assez d'une vie pour apprendre à donner, à aimer, en ayant endormi nos peurs avant de s'y oser? NON. La raison devrait parfois être bousculée, juste pour saisir dans l'instant un mot, un regard, une voix, un sourire. Ne pas brûler les étapes, certes, mais laisser nos émotions et nos ressentis dévoiler dans l'instant ce qui au fond nous fait vraiment envie, une tendresse, une caresse, un baiser.
Parce que lorsque la neige fond, il se peut qu'elle découvre quelque chose d'inattendu, quelque chose que l'on aurait jamais connu si l'on s'était dit qu'il y avait trop d'obstacles pour lâcher prise et se laisser porter, au lieu de raisonner.
commentaires
la question de la passion, je dirais que c'est aussi la question de la dépendance à l'autre.
Et comme le dit Memmi, la dépendance est multiformes et elle touche tout le monde. l'être humain est forcément un être de dépendance. Tant qu'on trouve plus d'avantages que d'inconvénient à notre dépendance, on ne peut s'en défaire. Et la dépendance n'est pas toujours quelque chose de négatif, ça peut être très sain de dépendre, tout dépend de quoi ou de qui et de quelle façon. Une passion qui te bouffe ton énergie, qui génère en toi une angoisse (l'angoisse que l'objet de la dépendance ne pourvoit plus ou pas assez à un besoin), c'est une passion alliénante. Une passion qui te rend à la fois fougeux et serein, en confiance, et qui te transporte et mets du soleil dans tous les petits moments de ta journée, c'est tout simplement le bonheur d'être soi ^^
Félicitations pour le ptit bout ^^