Les lectures de célib'; une lettre d'amour
Hier matin jesuis allée au supermarché faire le plein de tous les magazines féminins, tout y est passé. Avec dans la tête l’idée de postuler comme chroniqueuse… Mais je suis obligée d’avouer que je ne peux m’empêcher de prendre le temps de la lecture, et tant mieux dans un sens, parce que proposer mon style à un employeur dont je ne connais pas le sien, ça ne serait pas très logique.
Dans le Psychologies de ce mois-ci, j'ai découvert au fil des pages les mots d'auteurs s'étant prêtés au jeu d'écrire à l'élu de leur coeur une lettre d'amour. Des mots touchants, dans tant de styles différents! Alors, comme ici ironiser sur les travers des hommes (certains) et tenter de rire de nos instants de crise est ma façon à moi de parler d'amour... Je voulais vous faire partager deux lettres qui m'ont profondémment troublée.
Lettre à VR par Faiza Guène (Gens du Balto, Hachette 2008)
"Salut you,
D'abord, c'est la première fois que j'écris une lettre d'amour, moi. Je vais donc commencer par ce que j'ai envie de te dire vraiment. Je ne m'ennuies jamais depuis que je vis avec toi. Enfin je veux dire, ça nous arrive de nous ennuyer, mais si on est ensemble, on aime ça. Aimer s'ennuyer avec quelqu'un, ça signifie pas mal de choses à mon sens. Et puis je suis contente de nous, de ce qu'on a fait de nous. On a grandi ensemble, je me vois loin, je me vois vieille à côté de toi. J'imagine que ça aussi c'est quelque chose de fort de vouloir être vieille avec toi. De vouloir me lever le matin près de toi tous les jours. D'avoir des enfants de toi. De faire des réflexions d'amoureuse comme je suis entrain de le faire là...
[...]
J'ai fais une pause dans ma lettre. On s'est disputé cette après-midi. Le plus dingue, c'est que même me disputer avec toi je suis prête à le faire toute la vie, je m'en suis rendu compte. On se réconcilie toujours très vite. Tu n'es pas très rancunier, moi si. Mais je t'aime au point que je n'ai pas envie de perdre du temps à te faire la gueule, alors qu'au lieu de ça on peut faire des tas de choses plus belles ensemble. J'aime qu'on rigole pour un rien, j'aime quand on est en voiture et qu'il y a un long silence qui ne gène aucun d'entre nous, j'aime quand on n'est pas d'accord sur tout et que ça n'a aucune importance. J'aime qu'on regarde les photos de nos débuts comme si ça faisait trente ans qu'on était ensemble. Je t'aime et j'ai confiance. Je me trouve solide en écrivant ça."
Lettre à la femme de ma vie par Serge Joncour (combien de fois je t'aime, Flammarion 2008)
"Merci mon amour, mon grand Amour,
merci de ne nous être jamais trouvés. Merci à toi femme de ma vie qui ne s'est jamais présentée, pourtant je t'ai attendu longtemps, depuis toujours sans doute, plus d'une fois dans la rue j'aurai cru te deviner dans la silhouette de mille contemporaines, des passantes, des anodines de belle allure, dans les bras de quelques unes aussi j'aurai cru reconnapitre l'évidence de ton parfum. Mais non, jusque là ce n'était pas toi. Mon amour, mon grand Amour, tu ne seras jamais venue. Total, grâce à toi j'ai eu mille vies, milles espérances, dans l'espoir de t'y découvrir, j'aurai accepté tous les voyages toutes les soirées, toutes les sorties les plus inutiles, quand je ressortais le soir, c'était toujours plus ou moins avec l'arrière pensée de t'y retrouver, à chaque fois sans doute j'y serai allé dans l'espoir de ce rendez-vous là, le nôtre, fondé sur l'imprévu.
Mine de rien, t'auras toujours été présente, bien plus fidèle que le plus ancien ami, bien plus présente que n'importe quel parent, depuis toujours je t'ai dans la tête, tu es en moi de la façon la plus abstraite, la plus intime et la plus permanente, tu es là. Tu es cette idée que je tiens au chaud, femme de ma vie, comme si toute vie nous devait ça, comme si toute vie offrait la résolution du partage total, de l'harmonie, de la fusion. Je ne sais pas. Amour, mon grand Amour, si tu n'es pas à venir, c'est peut-être que tu es passé déjà, que je ne t'ai pas reconnu, que tu ne m'as pas retenu, c'est possible, le monde est un corridor d'aléas dans lequel j'en finis pas de prendre froid, mais peu importe, si on s'est connus déjà, je ne t'en aime que davantage. Je ne t'en veux pas. Et si tu ne viens jamais, ne t'en fais pas, je ne prendrai ça que pour du retard".