Se remettre en selle
Faire le deuil est, comme je vous le disais, plus difficile encore que je ne l'avais imaginé.
Mais la réalité reprends peu à peu le dessus et il faut continuer d'avancer, tel est le devoir d'un petit soldat.
Après une semaine d'arrêt, ce sont les vacances scolaires, et il faut occuper Lise, le poney, la préparation d'Halloween...
J'ai décidé que je fêterais quand même mon anniversaire en faisant un petit resto avec quelques amis vendredi prochain (je suis du 1er novembre). Le coeur n'y est pas particulièrement, mais ça me fera du bien de me changer les idées.
Et puis il y a mon master 1, que je n'aurais pas pu payer sans mamie, alors ne serait ce que pour elle, il faut que je m'accroche et que je me plonge enfin dans mes cours et mes préparations de dossier.
Souffler un peu loin du boulot me fait du bien, j'avoue, ce sentiment de ne pas servir à grand chose commençais à me peser. Le contact avec les ados est passionnant, mais j'ai parfois l'impression qu'on intervient finalement trop tard, et surtout qu'on manque de moyens. Enfin, mon collègue m'a confié que depuis mon arrêt c'était un peu le bordel, et très égoistement, ça me fait plaisir, car cela signifie que je sers quand même à quelque chose.
Quant à mon collègue de rêve érotique, Bibi, autant vous dire tout de suite que je ne le supporte plus, il me sors par les trous de nez! Bibi se la joue en permanence blasé de la vie, rien ne le touche, rien ne l'affecte, rien ne le passionne, il est d'un cynisme que je ne croyais pas possible, et en plus, il est carrément lourd, régulièrement désagréable et indécent.
Voilà, le train train reprend le dessus petit à petit et je me retrouve à nouveau tiraillée entre 1000 et une choses à faire, et de nombreux projets en tête.
Je crois que finalement, c'est vraiment comme ça que je fonctionne.
Enfin, maintenant je dispose d'un atout formidable pour penser un peu à moi, faire un truc égoistement et rien que pour ma gueule.
Petit à petit, je me remets donc en selle, dans tous les sens du terme.
J'ai pris un cours particulier d'équitation. La catastrophe! Déjà, je me retrouve à brosser dans un boxe un cheval chatouilleux que je ne peux pas accrocher au licol, sinon il tire au renard. Donc le cheval cherche à éviter les brosses en essayant de mordre, ou en me présentant ses sabots.
Voilà qui n'aide pas vraiment à reprendre ces marques.
Et à la dernière minute, on me demande de changer de cheval. Voilà, 3ème cours particulier et un cheval que je ne connais pas du tout.
Il m'aura fallut un moment pour hisser mon popotin sur la selle.
Et à partir de là, plus rien n'a été.
Mathieu, mon moniteur, aimerait que j'apprenne à me détendre. Je suis crispée, j'ai une mauvaise position et les jambes trop en avant. Il me demande donc de trotter sans les étriers pendant deux tours sans repasser au pas. Au final, ça aura duré plus de 15 min, car impossible de tenir le challenge.
Réflexe de survie oblige, je sers les jambes pour éviter de tomber, et c'est tout le contraire de ce qu'il faut faire.
Parce que c'est comme cela qu'on fait du tape fesses!
Je suis trop tendue, trop crispée.
Il finit par me laisser tranquille et me propose un petit galop. Peine perdue! J'ai beau en avoir envie et faire ce qu'il faut pour mettre mon cheval au galop, celui ci refuse catégoriquement de s'y mettre.
Je suis tellement tendue que c'est la monture qui ménage la cavalière!
On en reste là pour aujourd'hui, pour Mathieu, le principal problème est de reprendre confiance.
Je quitte le manège déprimée et au bord des larmes. Il me rassure en me disant que c'est normal et qu'avec le temps ça va aller de mieux en mieux, mais rien à faire, je ne suis pas contente de moi.
Je m'inscris donc à un stage, des galops 1 mais avec pas mal d'expérience, il faut que je reprenne les bases. C'est pour lundi.
Pour aujourd'hui, j'ai encore mal aux fesses!
C'est terrible. Depuis que je suis retombée là dedans, j'ai besoin de continuer, envie de progresser. Je ne comprends pas pourquoi je me sens si mal à l'aise une fois que j'y suis, alors que je ressends en permanence ce besoin viscéral d'y aller. Je bosse dur mon bouquin de galop, pour tout reprendre étape par étape. J'ai des connaissances théoriques de galop 4, mais une fois que j'y suis, la peur me rattrape.
Un peu comme de reconduire après un accident de voiture.
Et puis, les cours coutent cher, il y a déjà les leçons de Lise. Je ne peux pas monter trop souvent non plus. Pourtant seul un travail régulier pourrait me permettre d'évoluer.
Alors un soir, j'ai jeté un oeil aux petites annonces, et j'ai trouvé une cavalière de haut niveau (championnat de france en saut d'obstacle à 14 ans, quand même!) qui cherchait une personne prête à prendre une demi pension sur son cheval.
Je lui ai écrit que je n'avais pas le niveau pour une demi pension, et je lui ai demandé si donner des cours l'intéresserait, pour m'aider à reprendre confiance en moi et à améliorer ma position. Je lui ai tout expliqué.
Et vendredi soir, elle m'a appelé.
Ce n'était pas ce qu'elle avait prévu, mais mon mail l'avait touchée, et elle voulait m'aider.
Je les rencontre, elle et son pur sang espagnol, mercredi, pour un petit galop d'essai et discuter des possibilités. J'espère que ses cours en complément, sortant du cadre "classique" et dans une relation moins "hiérarchique", avec en plus toujours le même cheval, me permettront de dépasser mes appréhensions et repartir sur de bonnes bases pour me remettre en selle!