Une vie faite de choix
Comme je le disais plus bas, j'ai souvent courbé l'échine sous le poids du regard des autres, sous les piques acerbes de leur étroitesse d'esprit. Des personnes, parfois presque inconnues, parfois de mes soit disant amis, voir même de ma propre famille, jugeaient ma façon de vivre, mes choix.
Lorsque j'étais à la fac, pratiquement personne ne savait que je n'avais pas mon appartement, et que ma fille et moi vivions dans le cocon familial. Je ne voulais pas que les gens sachent.
Imaginez-vous! 26 ans, un enfant, pas de travail et pas de logement! Les mauvaises langues vont bon train. Un jour une de mes voisines est venue me parler, et m'a demandé "mais ça n'est pas trop dur de vivre comme ça tous ensemble sous le même toît?" Rendez-vous compte! même mes voisins se posent des questions et parlent sans doute entre eux, pour certains...
Au moment des fêtes, j'avais rencontré quelqu'un... une aventure sans lendemain.
Un jour il m'a rappelé, et m'a apprit qu'il avait en quelque sorte eu un coup de coeur pour moi. Il était si touchant
. Mais en même temps, comment raisonnablement penser que je puisse vivre une histoire avec un homme, autonome, gagnant bien sa vie, ayant déjà vécu en couple, assumant son rôle de père suite à sa séparation... alors que je vis dans ma situation actuelle. Célibattante, assistée, cas social? C'est semble-t-il l'image que je croyais renvoyer de moi-même, justement parce que c'était le discours d'une personne de mon entourage, dont je prenais les propos pour parole d'évangile (on se demande bien pourquoi, d'ailleurs...).
J'ai donc expliqué à cet homme que je n'avais rien contre le revoir, mais que je ne me sentais pas prête pour une histoire.
Et puis entre temps j'ai fait la connaissance de quelqu'un d'autre, et naîve que j'étais j'ai bu ses belles paroles, celle d'un mec qui voulait se donner le temps pour que notre histoire fonctionne, car il croyait en "notre histoire". Ah ben oui, on est souvent comme ça nous les filles. Un homme nous envoie 20 textos pendant qu'il est en boîte avec ses copains, il nous radote qu'on lui manque, et on tombe dans le panneau... Et puis Don Juan fait machine arrière, ce qui est un peu dur à avaler, soyons franche. Parce que ce qu'il a donné, nous on en veut encore, et en donner tout autant... et Don Juan se sauve le la façon la moins cavalière qui soit... Don Juan était adorable au début, un modèle de romantisme, et la distance faisait que j'avais le temps de faire évoluer ma situation avant de faire évoluer notre histoire. Même si il savait, mais bon, lui il le savait avant que je ne lui plaise.
J'y croyais, et en même temps, mes amies s'en rappelleront de mes hésitations, je sentais mon coeur divisé en deux, et je n'arrêtais pas de me demander si je faisais le bon choix. Mais je ne suis pas une calculatrice, je n'aime pas faire poirotter quelqu'un, et je ne pouvais pas demander à l'autre de m'attendre, ça n'était pas un bouche trou!!!! (pas d'allusions graveuleuses...
)
Toujours est-il qu'un jour, alors que Don Juan avait peur que je ne lui plaise pas physiquement si on se voyait pour de vrai, je parlais au téléphone avec cet Autre de l'importance du physique. Il m'a alors répondu que si on "jouait" là dessus il y avait d'autres critères qu'on pouvait brandir contre l'Amour. Par exemple, il me trouvait séduisante, mais il aurait tout aussi bien pu "tilter" sur le fait que je n'avais pas de situation.
Moi: "Et encore, tu sais pas tout"
Lui: "C'est à dire?"
Moi: "Non rien laisse tomber". Il insiste, me dit que je peux lui parler... "J'ai pas d'appart".
Je me rappelle cet instant et je crois que je ne l'oublierais jamais. Au bout du fil, je ne savais plus où me mettre. Cet aveu était horrible pour moi.
Lui:"Tu vis dans un foyer?"
Moi:"Non"
Lui: "Tu es à la rue?"
Moi:" Non"
Lui: "Tu vis où alors? Chez tes parents?"
Moi:" chez mon père oui". Comme une bombe, c'était lâché. Réaction hallucinante! Il me réponds que ça arrive, que c'est pas si terrible. Mouai... Il a le sentiment que j'en ai honte, je lui confirme, il ne comprend pas.
Ce jour là, il m'a dit que la vie était faite de choix. Que j'en avais fait un à un moment donné, et qu'il se doutait bien qu'il était dans l'intérêt de ma fille. Que c'était un choix, et que je n'avais pas à en avoir honte, et que personne n'avait à juger si ce choix était le bon ou le mauvais, que c'était juste un choix, le mien, et qu'il se respectait, parce qu'au moins j'avais su en faire un là où tant d'autres laissent la vie décider pour eux.
Je ne le lui ai jamais dit (maintenant il va le savoir
), Mais ce qu'il m'a dit ce jour là m'a boulversée.
Cet homme, je lui ai un peu piétiné le coeur, sans le vouloir. Il s'en est remis, bien sûr! Personne n'est irremplaçable. Cette fois là je n'avais pas su choisir, et la vie a décidé pour moi. Je ne l'ai pas perdu, c'est au moins un ami... douce consolation.
Parce que je dois vous dire, il est toujours là pour moi. Et j'aimerais être toujours là pour lui, sauf que ce coup-ci le choix ne me revient plus.
Aujourd'hui, qui veut pourra bien juger et critiquer mes choix, je sais qu'ils sont miens, et que leur opinion ne compte plus. J'ai cette petite voix charmante dans la tête qui me dit sans cesse "personne n'a à juger si tes choix sont bons ou mauvais, ce sont tes choix, les tiens, tu n'as pas à en avoir honte". Cette douce voix enjouée et rassurante, c'est une belle amie, pour une pâte à gateau en pleine traversée du désert
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