Aux mauvaises langues, je peux leur dire...

Publié le par Célib'

Alors on se fait un petit débreefing de ma course à l'emploi.

Dans la jungle de l'ANPE, où l'on nous colle des étiquettes "API", RMI", "AAH"... pour nous autoriser ou nous interdire de postuler à une offre, et où l'organisme fonctionne par système de "carte de fidélité" (on a droit au CAE que si on est au RMI depuis 12 mois, et 11 mois ça va pas ); j'avais réussis envers et contre tout à postuler pour un poste de médiatrice de réussite scolaire, qui me correspondait tout à fait.
Malheureusement je n'ai pas été prise, et cela c'est joué entre moi et une autre personne ayant une longue expérience de travailleur social. Mme B qui m'avait reçu en entretien m'avait dit que si elle entendait parler de quoi que ce soit elle me contacterait, et qu'elle espérait aussi que je lui donnerais de mes nouvelles car vu mon profil et mes qualités je méritais vraiment de trouver du travail. J'avais fait forte impression, j'avais été en lice avec un seul autre alors que plus de 20 personnes avaient postulé. Mais biensûr, les gens ne retiennent pas que vous avez faillit être prise, ils retiennent juste que vous ne l'êtes pas.

Depuis, lettres de motivations et candidatures spontanées à gogo dans tous les collèges et lycées.
Et puis j'ai répondu à une offre pour faire de l'administratif dans une école maternelle. Le courant a bien passé, et la directrice voulait m'embaucher.

Entre deux, j'ai passé un entretien d'embauche pour être AVS et m'occuper d'un élève handicapé dans une classe "normale". Je suis prise, mais je ne sais pas encore où.

Je rappelle la directrice de l'école maternelle, pour qu'elle ne se retrouve pas sans personne à la dernière minute, et là elle m'apprend qu'en fait elle est vraiment désolée mais elle a recruté une autre personne, car j'étais tellement surqualifiée pour le poste qu'elle était sûre qu'on me proposerait mieux. Merci, sympa d'avoir prévenu...

Et puis il y a quelques jours, je reçois un appel d'un des établissements dans lequel j'ai postulé comme assistante d'éducation. Ma candidature a retenu leur attention et comme ils recrutent ils aimeraient beaucoup me recevoir. Vendredi matin, je me rends donc dans ce lycée professionnel. Batiment moderne, équipe chaleureuse et accueillante, projet socio éducatif riche et passionnant, véritable considération de l'élève dans sa globalité... On m'avait parlé d'un poste à 35h. Pour l'instant je préfèrerais un temps partiel, mais bon je ne le dis pas, je ne vais pas faire la fine bouche, le lycée est à 10 min en voiture de chez moi.
Le courant passe très bien, mais voilà, le poste à 35h d'assistant d'éducation vient de trouver preneur. Il reste un 20h. Je dis pourquoi pas (même si je pense le poste d'AVS plus intéressant pour le coup).
Et là, les CPE m'expliquent que mon profil serait idéal pour un poste de médiatrice de réussite scolaire. A qui le dites vous!!! Je leur confirme qu'à la base je recherche effectivement dans ce domaine, étant passionnée par la médiation et la gestion des conflits. En plus, dans ma lettre de motivation, j'avais précisé que je me proposais pour ce poste, ou si il n'existe pas pour un poste d'assistant d'éducation.
Les CPE me répondent que justement, il leur manque un médiateur, qu'ils ont déjà rencontré plusieurs personnes mais que je suis la personne qui leur faut pour cette mission. 20 h hebdo, vacances scolaires payées, pas de travail le mercredi après midi, et surtout, travail passionnant avec les élèves, les familles et les partenaires sociaux. C'est 4 h de moins que le contrat d'AVS, mais ce poste là me branche vraiment, et la priorité c'est de me forger une expérience qui me serve de tremplin, puisque ce type de contrat ne peut excéder deux ans.
Elles me demandent si je serais intéressée. Je suis emballée!
Lundi ils recoivent d'autres candidats, et par politesse elles vont les recevoir quand même. Mais normalement c'est bon, elle aimeraient vraiment que ce soit moi. Elles me rappellent mardi ou mercredi, et si c'est ok je devrais passer un entretien avec le proviseur.

Mais ce matin, je reçois un appel, ils veulent que ça soit moi, et ils veulent savoir si je n'ai pas changé d'avis. On la joue serré (et un peu marseillaise) ""écoutez j'ai beaucoup de proposition, mais votre poste est celui qui est le plus passionnant, et je serais ravie de travailler dans votre équipe". Je comprends à la voix de la personne qu'elle est contente. Et comme les deux autres médiateurs n'ont pas d'enfants on s'arrangera par rapport au mercredi matin (ce que je me suis payée le culot de demander!). D'ailleurs, les CPE ont tellement fait l'éloge de mon profil que le proviseur a donné son aval, et qu'il ne juge pas utile de me recevoir.
Je passe donc déposer RIB, attestation Sécu et pièce d'identité. Et je me retrouve dans le bureau des surveillants avec une des CPE, entourée d'une bande de joyeux lurons. Non seulement ils ont envie de bien faire le boulot, mais en plus ils le font dans la bonne humeur. Je rencontre le directeur qui a l'air tout aussi détendu. Bon, c'est peut-être parce que les vacances approchent.

Franchement, j'ai postulé pour beaucoup de boulots, supermarchés, vente, AVS, assistante d'éducation. J'ai gardé des enfants, j'ai été faire le ménage chez des gens. Et autour de moi, même des gens prétendant être mes amis, j'ai entendu les trucs les plus dégueulasses. "tu cherches pas assez", "t'es trop difficile, prends ce que tu trouves", "trouves toi un boulot, tes parents seront pas toujours là pour te couver"...Quand je parlais de travailler, certains se sont marré comme si j'étais incapable de bosser, comme si j'étais juste une grosse faniasse assistée. 
Quand je suis entrée en école d'éduc, sans que personne ne me demande rien, je me suis trouvée un boulot chez Photostation. Une boulot que j'adorais, dans une équipe super, et pour lequel je me suis décarcassée. Mon boulot avait la priorité sur mes études. J'allais en cours 35h par semaine, et deux à trois soirs par semaines, je quittais les cours à 17h, et le temps de courir au tramway, j'arrivais en courant sur mon lieu de travail à 17h45, et je bossais jusque 20h30, dévouée à ma société, et à mes client(e)s. Le samedi, tous les samedis, je travaillais. Les jours fériés aussi. Et même le dimanche pendant les fêtes. Quand j'étais en stage, je travaillais aussi, faisant parfois en tout 60 heures par semaine. Ca a duré 3 ans. Certes, je n'ai jamais payé aucune facture d'électricité ni aucun loyer. Mais combien de fois j'ai dépanné ma mère ou mon père, combien de choses je me suis payée sans leur demander quoi que ce soit, meubles, TV, PC, fringues, CD, sorties, frais médicaux, téléphone, internet... J'ai payé mon permis, enfin du moins le forfait normal, mais mes proches m'ont aidé quand il a fallut le repasser une seconde, puis une troisième fois. Je me suis payée ma première voiture, et ma seconde. Quand j'étais dans la merde, je préférais faire des petits boulots ou aller trouver mon banquier à taux d'intérêt exhorbitant plutôt que de dépendre d'eux. Quand à ma demande d'appart, c'est simple, j'ai même pas de garant, le mari de ma mère ne veut même pas qu'elle se porte garante de sa fille, et je sens mon père tellement frileux que j'ai qu'une envie c'est de me démerder toute seule. Combien êtes-vous, dans mes plus proches amis, dans ma famille, à avoir jugé mes choix?

Quand j'ai vu ma fille à la première ecco, j'ai su que je ne pouvais pas avorter. J'ai su que je l'aimais. J'ai été élevée par ma grand mère maternelle, et je garde les plus beaux souvenirs de cette époque. Moi mes parents ne sont pas à la retraite. Je voulais allaiter, cocooner, je voulais que ma fille ait une mère présente, à défaut d'un père. Je n'ai jamais jugé les mères qui n'allaitaient pas, reprenaient le travail et utilisaient crèche ou nounou, mais dites moi, de quel droit les gens se permettent-ils de juger que vos choix sont meilleurs ou plus mauvais que les leurs? Je me suis dit que je retrouverais un travail à son entrée à l'école. Et en l'élevant, j'ai repris des études, la licence que j'ai passé est réputée pour être l'une des plus difficile, encore plus à distance. Moi je l'ai eu avec mention, en élevant ma fille.

Et depuis un an je cherche. Je cherche dans tout. J'ai fait des boulots chiants, déprimants. Combien de fois j'ai faillit m'écrouler sous le jugement des autres qui trouvaient que ça n'était pas assez?
Certes, je dois beaucoup à ma famille, à certains de mes amis, même ceux qui n'ont pas cru en moi. Mais c'est toute seule que j'ai construit mon avenir et celui de ma fille.
Combien de ceux qui m'ont condamnée peuvent dire qu'ils se sont battus comme je l'ai fait pour leurs choix? Combien d'entre eux n'ont pas renoncé à la possibilité de s'épanouir dans un vrai métier, et pas un boulot de merde qui les cassait?
Ils pensaient que je ne cherchais pas vraiment, pas assez.

Ce midi, j'ai reçu un appel de la CPE du premier collège où j'avais passé un entretien. Elle cherchais un assistant d'éducation, et elle a tout de suite pensé à moi, elle a beaucoup de candidatures, mais elle souhaitait savoir si j'avais trouvé. Elle était ravie pour moi, ravie que j'ai trouvé un travail qui me corresponde autant que celui de médiateur, trouvant que je le méritais. Elle m'a dit "vous voyez, je ne vous avez pas oublié, notre entretien m'avait laissé un très bon souvenir, je suis contente que vos recherches aient finit par payer".
Ils m'ont tous cru perdue, irrécupérable. Aujourd'hui j'ai un boulot pour lequel je vais me lever de bonne humeur, des collègues qui travaillent dans une bonne ambiance, près de chez moi, avec des horaires qui me permettront de rester disponible pour ma fille, et avec de vraies responsabilités, un vrai but.

Tous autant qu'ils sont, qu'ils ne s'avisent plus jamais de porter un jugement sur mes choix, quand ils sont pour beaucoup incapables d'assumer les leurs. Parce qu'aujourd'hui j'ai un vrai boulot, que j'ai hâte de commencer, parce qu'aujourd'hui, je peux leur dire que ce n'est pas en cassant les gens qu'on prétend aimer qu'on les aide, que ce n'est pas en les jugeant et en les enfonçant qu'on les "remue". Je l'ai ai pas attendu pour me bouger les fesses, mais ils étaient tellement aveuglés par leurs foutues certitudes qu'ils n'ont même pas regardé...
Aujourd'hui je peux leur dire...

NA NA NA NA NE-RE!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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Commentaires
Bravo. Tu as beaucoup de mérites.
Amitiés. Bises. Marysia
Commentaire n° 1 posté par Marysia le 30/06/2009 à 14h54
merci Marysia, depuis quelques temps j'ai beaucoup de reconnaissance, d'ici, de mes proches, de mes VRAIS amis, et de mes employeurs, ça fait plaisir de se sentir enfin reconnue.
Réponse de Célibattante le 02/07/2009 à 00h41
wahouuuuuuuu je pars un dizaine de jours et j'ai plein de truc à lire, il s'en est passé des choses..bon pour ton sex friend...là j'aime pas trop mais si tu es heureuse comme ça c'est bien.
Mais la meilleure des nouvelles c'est le TRAVAIL !!!! je suis trop contente pour toi!!!! que du bonheur, et pour ton appart tu sais bien que maintenant plus besoin d'aval il y a la nouvelle loi du gouvernement, donc les parents, basta, tu va te débrouiller comme une grande et si ça se trouve à la rentrée tu auras appart et boulot, t'occupe jamais de ce que pensent les autres de toi, ils voient la paille qu'il y a dans ton oeil, mais pas la poutre qui est dans le leur!!!! j'ai appris ça quand j'étais petite à l'école et je m'en suis toujours servie. plein de bisous à toi ma puce.
Commentaire n° 2 posté par Madame X le 30/06/2009 à 16h52
t'es revenue? hourrrrrrrraaaaa!!!!!!! bon j'arrive tout de suite chez toi alors.
J'adore ta phrase sur la paille et la poutre, je connais une personne en particulier à qui ça s'applique très bien mdr
Réponse de Célibattante le 02/07/2009 à 00h45
eeeeeeeh felicitations.Ca fait plaisir a lire, j'avais peur en lisant qu'ils aient changé d'avis a la derniere minute et que tu sois decue mais non tu as reussit a avoir ce poste. Bravo, bravo bravo, ta fille peut etre fiere de sa maman
Commentaire n° 3 posté par merdouillette le 30/06/2009 à 21h16
ouai, meme moi je suis fière de moi
la roue tourne enfin, je me suis pas battue pour rien.
Réponse de Célibattante le 02/07/2009 à 00h46
oui la roue tourne... et suis contente pr vous deux enfin l'envol...
continue...
parfois je me suis trompée, j'ose le reconnaitre, mais je suis humaine...
;-)
Commentaire n° 4 posté par indy le 02/07/2009 à 19h41
Je sais que tu as reconnu tes torts et moi tu sais que je suis capable de pardonner, en fait je ne pensais meme pas à toi en parlant des mauvaises langues, mais je suis quand meme fière de moi et du chemin parcouru, parce que j'y suis arrivée en me compliquant les choses, donc c'est quand meme balaise loooooool
Réponse de Célibattante le 02/07/2009 à 20h31
 
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Publié dans CELIB' FAIT SON NID

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