Une femme de défis
Des fois je me demande pourquoi je n'en ai jamais assez.
Pourquoi je veux toujours plus.
Je ne parle pas d'argent ou de mec, quoi que dans les deux cas ça soit un peu désertique ces derniers temps...![]()
Je parle de me prouver des choses.
Et je ne parle pas de risques, non non, le joint y 'a bien longtemps que j'ai expérimenté et les manèges à sensation, très peu pour moi, la dernière fois que je suis montée dans un de ces trucs de fous, ils ont du arrêter le manège en route. Ben oui, j'étais tombée dans les pommes! ![]()
Mais voilà, j'ai toujours envie de faire plein de choses, de réaliser plein de trucs, je pense que c'est pour me prouver quelque chose à moi-même.
Tiens par exemple, je suis entrée en école d'éduc juste pour me prouver que je pouvais y arriver. Et puis je me suis inscrite en licence rien que pour me prouver que je pouvais y arriver encore, et sans le bac!!!
Et quand j'ai eu 15,713 points de moyenne annuelle, j'ai déprimé pendant 15 jours parce que je n'avais que la mention Bien, et que la mention Très bien me manquait à 0.2.... points (suis nulle en maths, cherchez pas).
Depuis que je suis entrée en Licence, j'ai beaucoup étudié sur le décrochage scolaire, et d'ailleurs c'est pas pour rien si mon nouveau boulot est de le prévenir!!!
Je me souviens qu'une chargée de cours m'avait demandé si elle pouvait me téléphoner. En e-learning (j'en parlerais plus longuement une autre fois), elle avait remarqué mes témoignages comme quoi j'avais été une décrocheuse moi-même. Elle voulait me parler pour tenter de comprendre pourquoi malgré des résultats excellents en licence je rêvais de retourner un jour passer mon bac.
Pour elle, je n'avais plus rien à prouver à qui que ce soit.
Et pourtant si j'avais 100 vies, je passerais tous les bacs qui existent, je préparerais des études de psychologie, je ferais quelques années de droit (très saoulant mais tellement utile), et de la com aussi. Et peut être même je prendrais des cours de musique, et je me mettrais à la danse moderne. Et je referais de l'équitation, et je passerais mes galops 3 et 4, parce que seulement 2 galops c'est la loose
.
Enfin bon j'ai pas 100 vies, et une seule me suffira jamais pour faire tout ça, surtout avec ce que je clope
.
Donc je resserre quand même la sélection.
Alors oui, je pense qu'un jour quand ma fille sera plus grande, je ressortirais les programmes scolaires pour passer mon bac en candidat libre.
Et si je le peux un jour, que mon emploi et mes finances le permettent, je passerais mon master 2 et mon doctorat.
Et puis en octobre de cette année, je passerais mon brevet de secouriste. J'ai déjà eu des cours il y a quelques années, mais j'étais très jeune et souffler dans la bouche d'un mannequin ça me bloquait carrément, je me sentais très con. C'eut été plus motivant avec Shemar Moore (Esprits criminels) comme victime
. D'ailleurs je me sentirais encore très con, mais justement, c'est aussi pour cela que je veux relever le défi, en plus de l'aspect pratique quand on a un enfant qui s'est récemment pris pour une tirelire
.
Et quand je serais en poste, mon employeur est obligé de me financer la formation continue, donc je pense que je demanderais une formation spécifique à la médiation et à la gestion des conflits, ou peut-être en psychologie du travail je ne sais pas encore.
Et puis je passerais mon concours de CPE. Je ne l'ai pas passé car l'affectation sur Paris est souvent inévitable. Mais je me dis que si jamais un poste se libère dans le coin, je serais aux premières loges. Et si on veut m'envoyer à Paris, et bien je dirais non et je ferais autre chose, au moins, j'aurais une corde de plus à mon arc.
Et puis il y a trois jours, ça m'a pris comme une envie de pisser!
Il y a un an, j'en avais marre des études, le e-learning m'avait rendu insomniaque. J'avais envie de vivre dans autre chose que ce master. Je voulais arrêter, mais pour moi c'était inconcevable. Comme si j'étais "coincée". Ce n'était plus un plaisir donc. J'avais besoin d'une pause. A l'époque, c'est Karev qui m'a poussé. "Si ça te plait plus arrête, c'est pas la mort. Bosse, trouves toi un appart, tu as bien assez de diplômes comme ça qu'est ce que tu cherches à te prouver? (Là il a mis un doigt sur un aspect intéressant
) Tu as plus de diplômes que moi! (Là aussi!!!
)"
Alors j'ai arrêté mon M1 en validant 9 unités sur 16.
Mais là, je me dis, un emploi à temps partiel, faut se préparer à rebondir après... c'est peut-être l'occasion de rempiler.
Et puis c'est vrai que c'est con, une moitié de diplôme, ça n'a pas de sens. Ca serait comme une moitié de Karev, ça sonne creux. Il y en a qui remplissent un vide par de la bouffe, moi je remplis un vide par de la connaissance. J'y peux rien, ça me fait carrément triper. Et pourtant croyez moi, j'étais pas du tout comme ça à l'école! La révélation est tardive...
Souvent autour de moi, ANPE, PLIE, les gens ont peur que je me disperse. Mais non, en fait tout est lié, tout ça c'est la même chose, le même point central, s'enrichir de ce qu'on ne compte pas, libre de vivre. Parce qu'accéder au savoir, c'est se sentir libre.
Donc voilà, les intitulés de cours proposés en e-learning à la rentrée ne sont pas encore publiés. Mais moi je savais où les trouver. Un an comme tutrice de plateforme, 2 ans comme étudiante, et militante rebelle ayant entrainé un mouvement de contestation quand cet enseignement est devenu payant. Je passais beaucoup de temps à la fac, malgré la distance d'internet. Restos, coups à boire, longues discussions improvisées dans un bureau. J'étais devenue une figure repérable là-bas, autant pour les étudiants que les enseignants. Et des enseignants passionnants j'en ai rencontré quelques uns dont j'ai énormément apprit. Je connais certains profs de collège et lycée qui devraient en prendre de la graine sur leur façon d'enseigner!
J'arrive dans l'enceinte de l'université, presque déserte. Et là, foule de souvenirs, de sons, d'odeurs, de rire, de coups de gueule. La fac reste le meilleur moment de ma scolarité, l'endroit où j'ai pu prendre ma place et m'éveiller à la liberté, de parole, de pensée. Jamais ailleurs je n'ai eu si riches débats avec d'autres personnes!
Rien n'a changé. Le bâtiment est resté le même. Je frappe à la porte, je suis au service d'enseignement à distance. J'entre, elle est là. Tiens, elle elle a changé, elle est brune!
Un instant d'angoisse, elle doit même plus se rappeler de moi, ou elle a oublié mon prénom. Et ben nan.
"aaaaaaaaahhhhhh te r'vlà toi ça y est tu fais ton come back"!!!!
Non, je suis toujours la bienvenue ici, malgré tous ces enseignants qui ont marqué mes progrés et qui sont partis à la retraite (c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, me diraient sans doute AD et LC). Ca sera jamais pareil sans eux, mais ça aussi c'est un défi que je veux relever. Je me sens envahie d'une énergie nouvelle, je crève d'envie de retomber là dedans, parce que devant l'accès au savoir je suis comme Obélix devant la potion magique, une vraie gosse!
Alors avant de tout lui raconter de cette année écoulée, prendre note des cours que je pourrais suivre peut-être.... je lui réponds
"j'adorerais, mais attends, c'est la merde, et c'est loin d'être gagné!"
C'est vrai c'est loin d'être gagné. Mais je crois que j'ai comprit, en fait, ce n'est pas important, puisque je suis résolument une femme de défi.
(La suite très vite avec ma lettre au Président- OUi, je sais, ENCORE!)