La culpabilité des mères
Etre mère, c'est une responsabilité, mais être mère célibataire, soyons honnête, c'est porter plus encore que les autres la culpabilité sur ses épaules.
C'est arrivé mardi dernier. Ma fille allait au centre aéré. Je l'avais inscrite la veille pour la piscine, les places étant limitées (aux inscriptions on se croirait à l'ouverture des soldes!).
Dans l'après-midi donc, il est tombé une averse pas possible, mais comme il avait fait soleil toute la matinée, je n'avais pas donné son imperméable à ma fille. Culpabilité. Ma pauvre petite chérie va se faire saucer en sortant de la piscine. Alors, j'ai attrapé l'imper, sauté dans ma poubelle (comprenez mon AX), et foncé jusqu'à la piscine pour remettre le précieux bien à la monitrice.
Mais là, surprise. On m'apprend que ma fille n'est pas là. Elle est restée au centre avec les autres, parce qu'elle a été punie à cause d'un caprice.
Culpabilité, encore. Qu'à-t-elle bien pu faire?
Qu'ai-je bien pu faire pour qu'elle fasse ce qu'elle a fait?
Qu'est ce que j'ai râté????
17h, sortie du centre. Je croise la directrice du centre. "Mme "Célib'" je pourrais vous voir quelques instants?"
Vous noterez que m'appeller Mme est des plus inappropriés, même si comme vous l'avez sans doute comprit elle m'a appelé par mon nom et non par mon pseudo blogosphérique.
Donc voilà ce qui s'est passé.
14h, départ en mini bus pour la piscine (autrement dit l'imper aurait servi à rien, foutue culpabilité à la con). La directrice installe les enfants et demande à ma fille de mettre sa ceinture. Ma fille lui hurle à la figure "je sais pas mettre ma ceinture". La directrice lui répond gentillement qu'elle doit essayer comme les autres, et que si elle n'y arrive pas alors elle l'aidera. Et ma fille se met à hurler de plus belle "J'ai dit que je sais pas mettre ma ceintu-RE!!!!", et puis le cri strident de ma fille, que je connais si bien, qui pourrait sans mal vous déboucher les oreilles d'un vieillard devenu sourd. La directrice l'a fait donc descendre du mini bus et l'installe derrière la grille le temps de finir d'installer les autres enfants, afin qu'elle n'aille pas sur la route. Réaction de ma fille: elle crie, pleure, hurle, tape du pied, engueule la directrice et se roule par terre.
La directrice l'informe donc qu'elle est punie et privée de piscine. Puis en la ramenant dans le centre, elle lui laisse une dernière chance. Elle conduit le premier groupe à la piscine, et si elle est calmée lorsqu'elle revient, elle l'emmènera avec le second groupe.
Lorsqu'elle revient au centre, elle trouve ma fille assise avec son petit sac, sanglotante mais calmée.
Elle lui explique qu'elle m'expliquera ce qui s'est passé mais que vu qu'elle est calmée, elle peut aller à la piscine. Et là, ma fille a regardé la directrice droit dans les yeux d'un air méchant, a jeté volontairement son mouchoir par terre et lui a fait un grand sourire de provocation, attitude que je connais très bien également...
Donc voilà, privée de piscine!
La directrice enfonce le clou en me disant que la punition piscine est le dernier recours et que c'est très rare qu'elle en arrive là, mais que ma fille était dans un tel état qu'elle l'a emmené aux wc pour lui mouiller le visage au robinet pour tenter de la calmer.
Oui, je connais très bien ma fille, et je vois tout à fait ce que la directrice a du traverser comme épreuve du feu.
Ma fille n'est pas une petite peste, c'est une gamine vive, adorable, caline, curieuse et même en avance sur son âge pour pas mal de choses. Elle exprime énormément par le corps, est en avance sur le langage et même le graphisme.
Mais voilà, autant avec les enfants elle est très sociable, autant avec les adultes elle se replie carrément sur sa coquille dès qu'on tente de communiquer avec elle. A l'école c'est comme ça, et même avec moi il faut énormément de temps pour qu'elle soit vraiment à l'aise avec les autres adultes. Et la directrice me confirme que c'est pareil au centre. Moi qui pensait qu'un contexte moins formel que l'école l'aiderait à se débloquer un peu.
Et puis à côté de ça, c'est une petite fille qui a beaucoup de difficulté à supporter la frustration, elle n'a pas de patience, elle ne supporte pas de ne pas réussir quelque chose tout de suite et rentre dans des colères hallucinantes lorsqu'elle est en difficulté...
Et puis elle est en pleine opposition, colères, caprices, tests permanents avec moi.
Et elle est aussi très angoissée. Peur du noir, de faire des cauchemards, peur de jouer seule en haut quand je suis en bas, peur de perdre maman quand elle n'a pas grillé que maman était partie couler un bronze aux WC (oui je sais, je manque cruellement de classe ce soir
)
On a commencé à voir une psychologue depuis peu. C'est justement venu du bilan des 4 ans où ma fille s'est montrée réfractaire à toute communication verbale avec les adultes et où le bilan langagier a montré des difficultés à surveiller. Et ça, c'est un comble, parce que je vous jure qu'à la maison ou avec les gens qu'elle a apprivoisé, c'est une vraie piplette et elle me sort des phrases des fois je me demande où elle va chercher des trucs pareils et un vocabulaire aussi riche.
Comme je dis parfois, les gens qui la rencontrent pour la première fois me demandent si elle a une langue, et lorsqu'ils la connaissent bien ils me demandent si ça lui arrive d'arrêter de babeller de temps à autre.
Le problème de la psy, c'est le même, elle ne parle pas, elle joue autour de nous, se montre de temps en temps, mais c'est tout. Alors comment savoir ce qui cloche? Du coup c'est moi qui parle, qui explique comment ça se passe à la maison, à l'école...
Et la psy m'a donné plusieurs raisons au comportement de ma fille:
- d'abord il y a l'âge, oui, 4 ans c'est difficile, et c'est normal
- ensuite, le centre aéré renforce le côté énervé c'est très fréquent et tout à fait normal
- l'absence du père est en effet une cause pouvant expliquer son opposition, ses tests, son insécurité affective
- enfin, élever un enfant à deux n'est pas simple, mais à trois, c'est une grosse galère. Sans s'en rendre compte, mon père et sa copine ne m'ont pas accordé la confiance en mes capacités qu'ils auraient dû. Et sans s'en rendre compte, et même en pensant m'aider, ils se substituent de plus en plus à mon autorité. Et tous les deux dans des shémas opposés!
Mon père gueule pour tout et pour rien, menace de sanctions carrément disproportionnées en appliquant la loi du plus fort et en tentant de régner par la peur, et ma belle mère c'est mamie poule qui cautionne tout et n'importe quoi. Il ne faut pas crier, il ne faut pas faire comme ça, elle a peut etre une angoisse, un rhume qui couve, ou elle a faim, ou elle est fatiguée, et bref, ma fille est parfaite et a toujours une excuse. et au fait, "prends un manteau pour aller à la mer il y a du gens" (c'est vraie, je suis une babache finie...)
Donc, quoi que je fasse, je passe toujours pour la méchante.
Et ça, ma fille l'a très bien comprit, elle joue sur tous les tableaux pour régner en maître.
J'ai tenté maintes et maintes fois de leur faire comprendre, par le dialogue ou en gueulant un coup, en douceur ou de force, d'imposer mon point de vue, ma légitimité, mais en vain.
Ils sont tous les deux persuadés d'avoir raison, et que l'autre et moi nous avons tort. Alors c'est le clash avec moi, c'est le clash entre eux. Si bien que j'ai finit je crois par baisser les bras, en me disant que lorsque j'aurais mon appart tout irait mieux pour tout le monde. Parce que ces conflits là sont encore plus destructurants pour ma fille, et que je ne veux pas qu'elle vive dans un climat de violence. Je vis dans une telle peur du conflit et de la violence que je cède parfois à ma fille discrètement juste pour éviter que ça finisse en mélo drame. Et c'est ainsi que chaque jour je dois me battre pour qu'elle s'habille quand je le demande, qu'elle mange sans que je lui tienne sa fourchette, qu'elle ne mange pas de cochonneries après les repas... Réduire ma fille au politiquement correct est devenu la façon la moins pire de gérer les crises.
Foutue culpabilité. Elle est où la recette miracle pour y arriver?
J'ai l'impression d'avoir tout essayé, la négociation, les calins, la fermeté, les cris, les fessées. Des fois je me couche après un moment difficile en me disant que je fais tout à l'inverse de la façon dont je voulais faire. Et elle peut bien me dire que je suis méchante, qu'elle veut changer de maman ou qu'elle ne m'aime plus, je m'en fous, je sais que ce sont des mots d'enfants faits pour blesser (euh qui a dit que les enfants étaient innocents???).
Ce qui m'inquiète moi, c'est comment ma fille va pouvoir s'épanouir si je ne parviens pas à lui apprendre le respect des règles, à gérer ses émotions et adapter ses comportements aux contextes.
Dans ces moments de doute je me tourne vers karev, avec qui je partage la même conception de l'éducation (sauf que lui il arrive à l'appliquer à la lettre). La mettre dans son lit le soir, qu'elle apprenne un peu, même si elle reviens dormir avec moi dans la nuit c'est pas grave (Karev dort avec sa fille aussi). Tenir bon et me faire confiance, ne plus avoir peur de m'imposer parce que la mère ce n'est ni mon père ni ma belle mère, mais bel et bien moi, que ça leur plaise ou non. Et si ça ne s'arrange pas, envisager un pédo psy, encore un de ceux qui augmentera ce que chaque mère à en elle, le sentiment de culpabilité, de ne jamais en faire assez.