Admirable
Depuis toujours elle court. Ainée d'une grande famille, elle a assumé et compensé le je m'en foutisme de ses parents. Elle a bossé dur pour un patron qui l'a supplié de revenir après son accouchement, mais elle a accepté de son mari qu'elle reste à la maison. Elle a élevé sa fille aussi bien qu'elle le pouvait. Elle a élevé son fils, sur un tard, aussi bien qu'elle le pouvait.
Elle a assumé son mari, dépressif, malade. S'occupant de tout, ménage, cuisine, travaux, courses.
Elle a élevé sa petite fille comme personne n'aurait pu l'élever. La baigner, toute bébé dans l'évier de la cuisine, la faire grandir, lui apprendre à faire ses lacets. La conduire à l'école, la rechercher, lui faire apprendre ses leçons.
Tous on mis les pieds sous sa table, son mari, ses enfants, sa petite fille, les amis de son fils.
Elle a fait mal en pis de ne pas voir souvent certains qu'on excuse, même si on a du mal de les comprendre.
Elle a eu un cancer du sein, et jamais personne ne l'a accompagné dans son combat. Elle continuait de faire tout ça et se rendait elle même à l'hôpital pour la chimio. En métro!
Elle a gagné.
Elle a eu un peu de répit, et on l'a vu continuer, à bricoler, à jardiner, à aller partout sur son petit vélo.
Et puis elle a eu un cancer de la peau.
Et elle a gagné encore.
RDV avec le médecin demain, pour savoir quoi, ce qu'on peut faire. Mais déjà on entend parler de chimio. A 81 ans!
Pourrait elle jamais gagner encore une fois de plus?
Les nodules cérébraux seraient juste une répercussion d'une tumeur beaucoup plus importante.
Elle parle toujours de quand elle va rentrer chez elle.
Elle ne se rend pas compte, mamie.
Elle ne se rend pas compte de combien elle est admirable.